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Permanence by Karl Schroeder
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Non mais dites donc ! Si Ventus, son précédent roman était pas mal, il m'avait laissé un goût d'incomplet, ou plutôt un côté pas complètement éclairci (1). Heureusement pour moi, ça n'est vraiment pas le cas de ce roman, qu'on peut tout de suite placer dans la catégorie des très, très bons romans.
Mais reprenons du commencement. Dans ce roman, on suit d'abord les aventures de Rue Cassels, une jeune femme qui, par un jeu de circonstances de l'ordre de l'extraordinaire (2), se retrouve en possession d'un vaisseau spatial étrange. Rapidement, elle se retrouve accompagnée par un tas de personnages assez sympathiques - ou pas. Evidement, le plus intéressant d'entre eux est Michael ... heu ... j'ai oublié son nom.
Comme je l'ai dit dès le début, j'ai trouvé ce roman très intéressant, pour bien des raisons d'ailleurs.
La première, c'est simple, c'est une révélation. A un moment, Michael, tiraillé par une crise de sa foi non métaphysique, nous fait entrevoir le destin inéluctable de l'espèce humaine et, d'une certaine façon, son unicité. Si je me souviens bien (3), il commence par expliquer que toutes les civilisations spatio-pérégrines se sont éteintes, pour une raison simple et franchement terrifiante à l'échelle humaine : pour vivre dans l'espace, il faut être adaptable, mais être adaptable, c'est un trait qui apparaît seulement chez les espèces inadaptées à leur milieu, et ça veut aussi dire le maintien de conditions de vies non naturelles, et donc forcément sujettes à extinction, ce qui implique la destruction de l'espèce. En un mot comme en cent, Schroeder prononce dans ce roman la fin obligatoire de l'Homo Sapiens Sapiens. Et ça, pour moi, c'est un choc. Parce qu'il ne prononce pas "la fin de la civilisation telle que nous la connaissons", ni la fin de l'humanité unifiée. Non, lui, il prononce la fin de l'être humain en tant qu'espèce. C'est-à-dire que, selon lui, la seule chose qui permettrait à l'homme de survivre plus de quelques millions d'année, c'est de ne plus être humain, mais aussi, et surtout, de ne plus être conscient. Effrayant, en un sens, non ?
Donc, ça, c'est une révélation qui m'a beaucoup fait réfléchir.
L'autre attrait de ce roman,c 'est la façon de révérer l'univers qu'ont les héros, chacun à leur manière. Michael essaye de trouver l'esprit divin de chaque lieu, et Rue quant à elle essaye de faire de sa vie quelque chose qui mérite d'être revécu, car elle est persuadée que l'unviers est cyclique, et que sa vie, qu'elle le veuille ou non, lui reviendra à la figure. Des conceptions très différentes de notre monde, pour un monde lui aussi très différent, et très poétique, j'ai trouvé.
Enfin, la partie poétique, pour être honnête, ce sont bien évidement ces mondes du Halo, plongés dans une pénombre naturelle que ne peuvent changer que des soleils artificiels nourris à la magnétosphère des étoiles naines autour desquelles gravitent ces mondes (rien que de l'écrire, je trouve ça beau). Parce que de l'autre côté, c'est-àdire dans l'économie des droits, c'est autre chose. je pense - à titre purement personnel - que c'est dans cette économie que l'auteur a essayé d'être le plus prospectiviste. il an ainsi choisi de nous présenter une civilisation spatiale ne cherchant que le maintien d'un état de fait inacceptable, dans un univers qui ne peut pas être vu de cette manière. Qui plus est, l'état de fait qu'il nous présente, avec les droits attachés à chaque objet, m'a furieusement fait penser à une version légèrement futuriste du système capitalistique actuel. La grande force dans cette civilisation, d'ailleurs, c'est que l'auteur ne prend pas vraiment partie. oh, bien sûr, on sent bien que les rebelles ont sa sympathie. Mais c'est peutêtre parce qu'ils favorisent indirectement les mondes du Halo sur lesquels s'appuie l'intrigue du roman. Mais ça n'est pas très franc. Et ça permet du reste - comme d'habitude, j'aurais tendance à dire - à l'auteur d'être moins manichéen dans la vision de cette société, et du coup beaucoup plus percutant dans son analyse de ce système économique.
Je pourrais dire encore bien des choses, je pense, de ce roman, positives pour la plupart (comme les intercepteurs de la fin, qui sont une espèce de saut quantique dans cet univers, et d'incroyable machine à sensations pour le lecteur), négatives pour certaines (comme le côté un peu facile de l'intrigue, mais je pense que c'est presque voulu). Mais je crois que ce serait louper le coeur de cette histoire, qui ne tient pas vraiment à la course après l'étrange artefact extra-terrestre qui va changer l'univers (puisque c'est le style de récit space-op dans lequel s'inscrit théoriquement ce roman), mais beaucoup plus à la réflexion sur le destin des civilisations, la vacuité d'une volonté expansionniste qui ne permet pas réellement d'exister sur le long terme, et plus de promettre aux voisins galactiques un joyeux feu d'artifice.
A titre tout à fait personnel, tout cela m'a énormément plu. C'est un roman solide, profond (même si Rue m'a parue un peu archétypale, dans son rôle de cheftaine scoute toujours prête à repousser ses limites, mais pétrie de doutes sur ses moyens), intéressant par sa conclusion qui est loin, très loin d'être claire quand j'y réfléchis bien. A mon sens, tout cela suffit largement à en faire l'un des tous meilleurs space-opera ... Bon, j'ai dit ça il y a peu de temps pour Sculpteurs de ciel et c'est vrai pour les deux, même si ce sont des romans très différents. mais c'est ça l'intérêt majeur de la science-fiction, non ? Offrir des oeuvres toujours renouvellées, toujours intéressantes, dans des directions très différentes.
(1) Je veux dire par là que certaines choses n'étaient pas complètement claires une fois la dernière page lue.
(2) Pratchett nous dirait qu'en toute logique, comme il y a environ une chance sur un million pour que ça arrive, ça arrive en fait neuf fois sur dix. Mais on n'est pas chez Pratchett, et le concours de
circonstance qui la rend fabuleusement riche est tout sauf commun.
(3) Oui, c'est un spoiler, oui, j'abuse des notes de pied de page, mais je fais un peu ce que je veux, pas vrai ? Quant au spoiler, il est assez mineur et avant tout d'ordre, comment dire ? D'ordre philosophique.
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