Nicolas's Reviews > Menhirs de Glace

Menhirs de Glace by Kim Stanley Robinson
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1156136
's review
Jul 03, 2008

really liked it
bookshelves: space-opera, immortalité, hard-science, histoire, mémoire, rayon-fantasy-et-sf
Read in January, 2004

L’histoire
Ce roman(roman-mosaïque/fix-up) raconte les histoires de trois personnages dans un système solaire situé du XXIIIème au XXVIème siècle, donc assez dans le futur. A cette époque, le système est conquis jusqu’à Saturne, et les planètes plus lointaines sont inexploitées. Le récit commence avec les aventures d’Emma Weil, spécialiste en système de survie, membre de l’équipage d’un vaisseau minéralier, et qui va assister au départ d’un groupe vers l’espace profond. Pour anodin qu’il soit, cet élément, décrit comme une anecdote d’une histoire plus grande, est la base de ce récit. En effet, quelques centaines d’années plus tard, son récit sera découvert par un historien lors de fouilles, et donnera lieu à des recherches très poussées. A partir de là, il commence à être difficile d’en parler sans dévoiler l’intrigue, je vais donc m’y arrêter. Sachez toutefois que le titre du roman fait référence à une version futuriste de Stonehenge, et que la réalité de l’Histoire est le sujet central de ce roman.

Mon avis
J’ai été assez emballé par cette histoire, racontée avec la précision toute clinique d’historiens. En effet, quelquesoit le narrateur (il n’y en a que trois, mais ils sont très différents), le récit reste à mes yeux très peu passionné, même lorsque Nederland s’enfonce doucement dans la folie ou la dépression (même si cet état amène en général assez peu de passion), ou lorsque le dernier personnage pose enfin le pied devant Icehenge. C’est là un premier point qui m’a un peu douché, ou plutôt qui m’a permis d’entrer dans cette histoire à mon rythme. L’autre point est assez étrange, c’est plutôt une pirouette de l’auteur pour nous plonger dans des affres de questionnement. il s’agit bien sûr de la très grande longévité (plus de six cent ans) accordée par les progrès de la gérontologie aux humains du futur. A première vue, ça parait enthousiasmant. Sauf que l’auteur, pour ne pas trop allonger son récit, ajoute à celle-ci une mémoire assez défaillante, qui fait que les individus gardent une mémoire sur à peu près cent ans. Alors, cette pseudo-immortalité n’est-elle de fait qu’une illusion, ou reste-t-elle utile ? Aucune idée, mais apparement, les personnages n’y attachent pas des tonnes d’importance. Peut-être est-ce là une diversion, comme a pu l’être la Bulle dans Isolation, de Greg Egan. Si c’en est une, elle est sacrément habile, puisque j’ai bien eu l’impression que, dans toute la seconde partie du récit, Robinson jouait avec cette idée de longévité pour me faire croire que Nederland et Weil ne formaient qu’une seule et même personne. Mais ces points de détails sont balayés devant la puissance de ce récit, où on reste sans voix devant les contorsions que font subir les protagonistes à l’histoire (dont nous ne connaissons d’ailleurs rien) de ce monument. En effet, si pour le second narrateur l’histoire du monument est évidente, toutes ces évidences sont balayées par le troisième, en ne nous laissant même pas le droit à une conclusion révélant la véritable histoire, ce qui est d’ailleurs à mon avis le coup de maître de cette histoire : nous faire mariner un nombre suffisant de pages à propos de ce monument, pour ne finallement rien nous en dire ! Là n’est même pas le point fondamental. Celui-ci est assez clair : loin d’être un faisceau de faits ou de preuves, comme veulent le faire croire les narrateurs, l’auteur nous dit qu’elle n’est qu’un matériau utilisé comme l’époque le demande : pour Nederland, fortement attaché à l’histoire de Mars et de la rebellion, ce monument y est forcément rattaché, alors que Doya, le troisième, y voit tout autre chose, lié sans aucun doute à son histoire propre, comme il l’écrit lui-même très bien. Donc pour moi, la seule conclusion évidente de cette histoire est que l’Histoire n’existe pas, tout n’est qu’interprétation.Il est d’ailleurs amusant de voir l’utilisation, sans doute très technique chez les historiens, que fait Robinson du terme révisionisme, si chargé chez nous de connotations spécieuses. Sans doute est-ce là encore un jeu de sa part, auquel il a su me convier sans problème. Pour terminer, un point amusant : comme tous les livres de sf pré-89, il est fait explicitement mention des soviétiques, et à moult reprises. bien sûr, ça ne suffit pas à en faire un roman passéiste, toutefois, on a là une datation largement suffisante de la période d’écriture. Enfin, comme vous pouvez le voir, il s’agit là d’un livre remue-méninges, qui vous fera longuement réfléchir à ce que peut être l’Histoire, ce qui est pour moi une raison largement suffisante pour s’y plonger sans attendre.
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