Sam Dupont's Reviews > Until I Find You

Until I Find You by John Irving

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Jul 28, 11


La mémoire est quelque chose de fascinant et l’un des sujets les plus intéressants pour les grands auteurs. Je ne prendrai pas le risque de me lancer dans une revue des écrivains qui se sont aventurés dans cette entreprise, je me contenterai d’en citer quelques uns parmi mes préférés : « Le cercle de la croix » de Iain Pears, « La mystérieuse flamme de la reine Loana » d’Umberto Eco ou encore « Un réfectoire un soir et une piscine sous la pluie » de Yôko Ogawa.

La mémoire a cela de fascinant qu’elle nous permet de retravailler notre réalité, rendre notre passé et nos erreurs supportables. Ainsi, je me suis créé (inconsciemment, la plupart du temps) des croyances, des souvenirs, dont la véracité est des plus discutables. Quelle arme formidable pour le Dieu qu’est un romancier. Lui qui est le seul à connaître l’ultime réalité de son monde, il peut la refaçonner au grès de la mémoire de ses personnages.

C’est le thème et la méthode utilisée par le génial John Irving dans « Je te retrouverai » (« Until I find you »).

« Votre thérapie est comme un roman fleuve »

Le livre se décline en 3 parties. La première est consacrée aux souvenirs d’enfance de Jack Burns, enfant balloté entre divers villes d’Europe par une mère tatoueuse qui traque un père fugitif. Dans la seconde, on retrouve Jack trentenaire et acteur célèbre qui revisite son passé pour essayer de se trouver une identité. Quand à la troisième ? Et bien, je vous en laisse la surprise. Le tout est une quête du père, un double voyage initiatique, et ses conséquences sur le personnage flexible de Jack Burns « Comédien avant de monter sur les planches » (Irving m’étonnera toujours pour ses premières phrases et son sens de la formule).

Sous bien des aspects, « Je te retrouverai » possède tous les ingrédients et les thèmes chers à Irving. C’est drôle, émouvant, délirant. De nombreux personnages, situations et sentiments rappellent « Une prière pour Owen », le roman d’Irving que je préfère.

Et pourtant.

Pourtant, j’ai du commencer ce livre à 4 reprises avant de le terminer.

Ce n’est pas sa taille qui m’a rebuté mais une certaine lassitude accumulée au fil des pages. La première partie est magnifiquement écrite mais se tire en longueur et il faut attendre la seconde partie pour que le tour de magie opère et que le lecteur se retrouve entraîné dans un de ces romans qu’on ne peut plus lâcher.

Une de mes croyances de jeunesse est qu’Umberto Eco avait écrit la première partie de « Le nom de la Rose » comme un test pour sélectionné ses lecteurs. Je me rends bien compte aujourd’hui à quel point cette idée est idiote et indigne d’un auteur tel que Eco. Mais l’anecdote était assez bonne pour fasciner le jeune lecteur que j’étais. J’aurais pu croire qu’Irving aurait pu copier le procédé pour « Je te retrouverai ». Aujourd’hui, je pense plutôt qu’il a eu du mal à faire des choix et qu’il s’est laissé emporter par ses personnages.

« Je te retrouverai » est un très bon roman mais qui n’égale pas (à mes yeux), la magie de certains de ses œuvres plus anciennes. Il n’en reste pas moins que la dernière phrase du roman, toute prévisible qu’elle puisse être, m’a tiré un bien agréable frisson et que le voyage valait vraiment la peine.

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