Manon's Reviews > Lettres à l'archiduchesse Marie-Christine 1760-1763 : Je meurs d'amour pour toi...

Lettres à l'archiduchesse Marie-Christine 1760-1763  by Isabelle de Bourbon-Parme
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Jan 09, 11

bookshelves: history
Read in January, 2011

Élisabeth Badinter, recherchant des informations sur Philippe 1er (*), tomba sur des lettres de sa soeur à l'archiduchesse Marie-Christine d'Autriche. L'étonnement est intense: alors que la cour d'Autriche est des plus strictes, ces deux femmes semblaient entretenir une relation amoureuse. L'écrivaine féministes présente ces 195 billets précédés de notes passionnantes sur un contexte souvent oublié -qui a déjà entendu parlé d'Isabelle Bourbon de Parme, alors qu'elle est l'une des premières princesses philosophes de l'histoire?- dans la nouvelle collection du Livre de Poche, La Lettre et La Plume. Cette dernière a pour vocation de mêler l'histoire et la littérature à travers des journaux intimes ou des correspondances (voir prochaine review des souvenirs de la Princesse de Metternich "Je ne suis pas jolie, je suis pire.", jusque là seul ouvrage de la collection avec les lettres d'Isabelle).

Avec "Je meurs d'amour pour toi..." on ne peut parler d'une correspondance (en tout cas, connue du public) car les réponses de l'archiduchesse Marie-Christine demeurent introuvables. Fait assez frustrant, surtout lorsqu'Isabelle dévoile réellement sa passion à la lettre 45 ("[...] vous me faites tourner la tête : l'amour-propre est pourtant un étrange mal : parce que j'imagine que peut-être vous m'aurez déjà lue ou me lirez bientôt, je suis dans l'état le plus violent, la sueur me coule sur le front, je suis en haleine [...]) ou encore lorsqu'elle lui avoue des "infidélités" (platoniques, évidemment: "En entrant, j'aperçois une demoiselle belle comme Vénus : elle en avait les traits, la beauté et les grâces. Grosse comme un cochon (c'est là qu'on en apprend sur les critères de beauté à la fin du XVIIIe en Autriche, bien que la princesse de fiche des conventions), une large bouche, un nez qui annonce combien elle a d'esprit, des yeux un peu farouche..."

Princesse philosophe, pour plusieurs raisons. Père absent, mère trop peu aimante, grand-père pris de crises de folies, obsédé sexuel et terrorisé par l'enfer, Isabelle eut une enfance, si ce n'est heureuse, qui lui permit de demeurer dans quatre pays. Ces voyages lui firent acquérir une connaissance linguistique dans quatre langues donc, d'où certains passages dans ses lettres complètement incompréhensibles (germanisme retrouvés dans une tournure française, termes espagnols dans de l'allemand, etc...). Elle écrit dès son plus jeune âge (**) et critique le sort des princesses. Pourtant, elle garde la foie (**) et n'abandonnera jamais sa religion. Fin stratège, elle sait en même temps comment mettre toute la Cour a ses pieds et sa belle-mère Marie-Thérèse d'Autriche ne cessera de s'émerveiller devant elle. Quand Isabelle mourira à 22 ans de la variole, elle est sans aucun doute, avec Joseph II et Marie-Christine d'Autriche, l'une des personnes les plus affectées.


Don Philippe de Bourbon (père d'Isabelle) et sa famille, par Giuseppe Baldrighi

A 19 ans, elle se marie avec Joseph II, pour qui elle n'a guère d'amour mais plutôt de l'estime (tiens tiens, ça rappellerait pas un peu La Princesse de Clèves tout ça?). On remarquera qu'avant même de rencontrer sa belle-sœur, elle est déjà fascinée par les échos qu'elle en a. Et lorsqu'elles se rencontrent, c'est le début d'une relation amoureuse (Elisabeth Badinter n'est pas certaine du fait qu'elle soit charnelle, quoique pour ce qui est de "En attendant, je vous embrasse. Pour ce qui est du velours, il ne sera pas trop long" je me demande si elle parle simplement d'un de ses ouvrages en tissu) qui durera trois ans, jusqu'à la mort d'Isabelle.

Bien que certaines lettres relèvent d'une émotion sans faille et de déclarations enflammées, d'autres n'ont pas réellement d'intérêt ("Vous voulez savoir des nouvelles de mon rhume?" Non, on s'en fout.). Ou peut-être celui de découvrir qu'au XVIIIe en Autriche, parler de son "cul bien foireux" ou autres problèmes médicaux ne sont absolument pas tabous.
L'attrait principal du livre et donc de découvrir certains aspects de l'histoire oubliés, et des biographies intéressantes grâce à Elisabeth Badinter (***). Je serais curieuse d'en savoir plus sur l'archiduchesse Marie-Christine maintenant, et plus particulièrement sur sa vie amoureuse avant (le prince de Wurtemberg peut-être, que Mademoiselle de Bourbon de Parme est "au désespoir de devoir citer"), pendant, et après Isabelle...



"À propos, le visage est un peu malade mais votre place favorite ne [l’est pas]", "Il pourrait bien arriver que nous nous embrassions jusqu’à en mourir""Je suis très disposée à vous étouffer à force de caresses"... 



Au fil de mes lectures me vient une question: y-a-t-il eu une période antérieure à la notre, quelque part sur terre, ou l'homosexualité féminine n'a pas été taboue ni même considérée comme contre-nature?

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* Elisabeth badinter, L'Infant de Parme, 2008
** par Isabelle de Bourbon Parme elle-même, Méditations Chrétiennes ainsi que Les Aventures de l'Étourderie, Remarques politiques et militaires et Réflexions sur l'Éducation. 
*** Interview avec E. Badinter sur Agitateurs-Idées.fr


Marie Jo Bonnet, Les Relations Amoureuses entre Femmes du XVIe au XXe siècle, 1995
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